En bref

  • Le calendrier des appels de fonds est voté en assemblée générale en même temps que les travaux : c'est le premier levier, et il se discute avant le vote.
  • Pour les travaux d'amélioration, le copropriétaire qui ne les a pas approuvés peut payer sa part en dix annuités. Il doit le notifier au syndic dans les deux mois suivant la notification du procès-verbal.
  • Le syndicat peut souscrire un emprunt collectif auquel chaque copropriétaire choisit d'adhérer ou non : c'est la solution la plus souple pour les gros chantiers.
  • En dehors de ces cas, un échéancier dépend d'un accord avec le syndic : il se demande tôt, par écrit, avant les premiers retards.

On peut étaler le paiement de travaux de copropriété, mais pas n’importe comment ni pour n’importe quels travaux. La loi prévoit un paiement en dix annuités pour les travaux d’amélioration, au profit des copropriétaires qui ne les ont pas approuvés. Pour le reste, il existe deux autres leviers : le calendrier des appels de fonds voté en assemblée, et l’emprunt collectif. En dehors de ces trois cas, tout dépend d’un accord avec le syndic.

Premier levier : le calendrier voté en assemblée

Quand l’assemblée générale vote des travaux qui sortent du budget courant, elle vote aussi les modalités de leur financement, et notamment le calendrier des appels de fonds. C’est un point que beaucoup de copropriétaires découvrent trop tard : une fois voté, le calendrier s’impose à tous.

C’est donc avant le vote qu’il faut agir. Un chantier de 120 000 € appelé en deux fois sur six mois n’a pas le même effet sur un budget qu’un chantier appelé en six fois sur trois ans. Rien n’empêche de proposer, en assemblée ou en amont auprès du conseil syndical, un échelonnement plus long, cohérent avec le déroulement des travaux.

Le fonds de travaux, alimenté chaque année par une cotisation obligatoire, joue aussi un rôle d’amortisseur : les sommes accumulées peuvent être affectées au chantier et réduire d’autant les appels de fonds. Voir notre article sur le fonds de travaux.

Deuxième levier : le paiement en dix annuités

La loi de 1965 prévoit un mécanisme précis, souvent mal compris parce qu’il est très encadré. Trois conditions doivent être réunies :

  1. Il s’agit de travaux d’amélioration, c’est-à-dire d’un équipement ou d’un aménagement nouveau : ascenseur, digicode, local vélos, transformation d’un élément commun. Les travaux d’entretien et de conservation en sont exclus.
  2. Le copropriétaire n’a pas donné son accord à la décision : il a voté contre ou s’est abstenu, ou il était absent et non représenté.
  3. Il en informe le syndic dans les deux mois qui suivent la notification du procès-verbal de l’assemblée.

Il peut alors régler sa part en dix annuités égales. Des charges financières s’ajoutent : si le syndicat a emprunté pour financer les travaux, elles suivent les conditions de cet emprunt ; sinon, elles sont calculées au taux légal.

Ce paiement a une contrepartie qu’il faut connaître : en cas de vente du lot, les sommes restant dues deviennent immédiatement exigibles. Elles sont alors réglées sur le prix de vente. Les règles de majorité qui s’appliquent à ces travaux sont détaillées dans notre article sur les majorités en assemblée générale.

Troisième levier : l’emprunt collectif

Pour les gros chantiers — ravalement, isolation, toiture —, le syndicat des copropriétaires peut souscrire un emprunt en son nom, voté en assemblée générale. Chaque copropriétaire choisit alors d’y adhérer ou de payer comptant sa quote-part.

Cette formule a deux avantages. Elle évite à chacun de monter un dossier de crédit personnel, parfois difficile à obtenir pour un retraité ou un petit budget. Et elle permet aux copropriétaires qui le peuvent de payer immédiatement, sans être entraînés dans un emprunt qu’ils ne veulent pas.

Pour les travaux de rénovation énergétique, des aides collectives peuvent réduire le reste à charge, et certains prêts dédiés existent pour les copropriétés. Le plan pluriannuel de travaux, désormais obligatoire dans de nombreux immeubles, est l’occasion d’anticiper ces financements : voir notre article sur le plan pluriannuel de travaux.

SituationSolution possible
Les travaux ne sont pas encore votésProposer un calendrier d’appels de fonds plus étalé
Travaux d’amélioration votés sans votre accordPaiement en dix annuités, à notifier sous deux mois
Gros chantier, nombreux copropriétaires en difficultéEmprunt collectif voté par le syndicat
Travaux d’entretien déjà votés, difficultés passagèresDemande d’échéancier amiable au syndic

Quand rien de tout cela ne s’applique

Pour des travaux d’entretien déjà votés, il reste la voie amiable. Un échéancier accordé par le syndic n’est pas un droit, mais il est fréquent, parce que le syndicat a tout intérêt à éviter une procédure de recouvrement longue et coûteuse.

La demande a d’autant plus de chances d’aboutir qu’elle est faite tôt, par écrit, avant les premiers impayés, et qu’elle propose un calendrier réaliste. Laisser s’accumuler les retards expose au contraire à des relances payantes puis à une procédure. Ce qui se passe dans ce cas est détaillé dans notre article sur les charges impayées, et la répartition des coûts entre copropriétaires dans travaux de copropriété : qui paie ?.

Questions fréquentes

Peut-on payer ses travaux de copropriété sur dix ans ?

Oui, mais seulement pour les travaux d'amélioration, et seulement si l'on n'a pas donné son accord à la décision. Le copropriétaire concerné doit informer le syndic de son choix dans les deux mois suivant la notification du procès-verbal. Il paie alors sa part en dix annuités égales, avec des charges financières.

Le paiement par annuités s'applique-t-il aux travaux d'entretien ?

Non. Il vise les travaux d'amélioration, comme l'installation d'un ascenseur ou la création d'un équipement nouveau. Les travaux de conservation et d'entretien de l'immeuble, comme un ravalement obligatoire ou la réfection d'une toiture, se paient selon le calendrier voté en assemblée générale.

Que se passe-t-il si je vends mon lot avant la fin des annuités ?

Les sommes restant dues deviennent exigibles lors de la vente. Elles sont en pratique réglées sur le prix de vente, au moment de la signature chez le notaire. Il faut donc en tenir compte dans l'estimation de ce que rapportera la vente.

Le syndic peut-il refuser un échéancier ?

En dehors des cas prévus par la loi, oui : un échéancier amiable n'est pas un droit. Mais le syndic a intérêt à éviter une procédure de recouvrement coûteuse. Une demande écrite, faite avant les premiers impayés et accompagnée d'une proposition réaliste, a de bonnes chances d'aboutir.

Sources et méthode

  • Loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, notamment ses articles relatifs aux travaux d'amélioration et au paiement par annuités
  • Dispositions de la même loi sur l'emprunt souscrit au nom du syndicat des copropriétaires
  • Décret du 17 mars 1967 pris pour l'application de la loi de 1965